Faits et chiffres Les services
La première force économique de France

Que sont les services ? La force montante de l'économie française. Qu'ont-ils été jusqu'à présent ? Les grands méconnus des économistes comme des politiques. Que demandent-ils ? À être enfin reconnus pour leur importance. Cette libre adaptation de la célèbre formule de l'abbé Siéyès concernant le Tiers état, résume avec justesse l'esprit qui a prévalu lors de la création voilà un an du Groupement des Professions de Services (GPS). Son président, Georges Drouin, dresse un bilan de l'action développée au cours de cette première année.


Les services sont au premier rang dans l'économie de notre pays. Au total, en 2003, 800 000 entreprises ont réalisé 642 milliards d'euros de chiffre d'affaires, ont investi 95 milliards d'euros et ont contribué pour 16,7 milliards d'euros aux excédents de la balance des paiements.
En termes de valeur ajoutée (le facteur le plus important), les activités de services (hors commerces) accumulent les performances. Elles produisent dans le secteur marchand 42,2 % de la valeur ajoutée (contre 34,4 % en 1984). Si l'on y ajoute la valeur ajoutée des services non marchands, 20,9 % (contre 16,8 % en 1984), on arrive à 63,1%, alors que l'industrie plafonne à 22,2 %, en régression de 5,8 % par rapport à 1984.
La part de consommation de services par les ménages comparée à la consommation totale est passée de 35 % à 58 % entre 1970 et 2002.

Last but not least, les pays à forte connotation tertiaire sont ceux dont la croissance est la plus forte, avec un produit intérieur brut en hausse moyenne de 2,03 points contre 1,5 pour les autres nations industrialisées. Avec un taux de chômage plus faible (5,3 % de la population active contre 8,8 % ailleurs).  Ce sont les états-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et la Norvège.
Pour nous, pour le GPS, ils sont la démonstration éclatante de ce que nous pouvons espérer réaliser, si l'on ne nous met pas trop de bâtons dans les roues.

Pouvez-vous vous prévaloir des mêmes performances en termes d'emplois, sujets d'inquiétude constante pour la société française ?
Les services font mieux encore pour ce qui concerne l'emploi. Alors que l'agriculture s'effiloche, que l'industrie se contracte, le secteur des services a créé 1 800 000 emplois de 1980 à 2003, soit une croissance de 52 %. Il est aujourd'hui le premier employeur de France, comptant 7 500 000 salariés (voir graphiques).
Précision d'importance : 53 % de ces salariés relèvent de PME de moins de 50 salariés. Quant aux grands groupes, ils sont souvent organisés en petites unités qui fonctionnent exactement comme des PME.
À ces entreprises, il faut un cadre législatif ou réglementaire tout en souplesse qui permette à chacune de s'adapter au terrain, aux besoins des clients dans toutes leurs diversités.
Or, qu'avons-nous ? Un système hérité du siècle dernier, centré sur le modèle industriel qui imprègne toujours la vision des politiques quant à l'économie. Une vision en décalage complet avec les réalités qui sont les nôtres.
Les gouvernements qui se sont succédé au fil des années ont tous affiché l'emploi comme la priorité des priorités. Mais les services ont créé des centaines et des centaines de milliers d'emplois dans l'indifférence la plus totale, quand ce n'était pas le mépris.
Heureusement, cependant, une certaine évolution dans les esprits se fait jour grâce au travail d'organismes comme la Fédération des Entreprises de Propreté et Services Associés (FEP). Il y a vingt ans, le manque de considération pour le nettoyage industriel était patent. La FEP a su valoriser ses métiers et rendre toute sa noblesse au mot « servir ». Je lui en rends hommage.
Il reste que le chemin à parcourir est encore long et nécessitera de mobiliser toutes les énergies.

En 2003, cependant, les services n'ont plus créé d'emplois. Comment expliquez-vous ce phénomène et comment y remédier ?
Il est exact qu'en 2003, pour ce qui est de la création d'emplois par les services, il y a eu stagnation, il y a eu décrochage. Les motifs nous les trouverons a contrario dans les propositions que nous formulons pour retrouver la croissance qui génère les emplois.
En premier notre pays ne peut pas faire l'économie d'une réduction des rigidités et tracasseries qui entourent les entreprises et leur interdisent trop souvent de répondre aux attentes de leurs clients, et plus généralement de nos concitoyens.
Rappelons que le code du travail comporte 2 432 pages auxquelles le législateur vient d'en rajouter 130 en 2004. Pour des centaines de milliers de PME est-ce supportable ? Quand cessera cet empilement ?
Deuxième préoccupation majeure : le coût du travail. Il est élevé du fait des rigidités précitées mais aussi et surtout en raison du poids du financement des protections sociales assis sur les salaires.
Dans les services, la masse salariale représente 80 % du chiffre d'affaires. D'où l'importance des allègements de charges, de la réduction du taux de TVA. Une idée a été émise : créer une TVA sociale. Attendons de voir ce qu'il pourrait en être. Mais attention à ne pas introduire un impôt nouveau sans alléger en contrepartie les prélèvements fiscaux et sociaux. Les précédents de la CSG et de la CRDS rendent prudents.
Troisième préoccupation : l'harmonisation européenne des règles fiscales et sociales dans l'Europe des 25. Trop de disparités freinent de nos jours la constitution d'un véritable marché intérieur des services où les entreprises françaises disposent d'atouts certains de par leur professionnalisme.

N'y a-t-il pas d'autres éléments susceptibles de relancer une forte dynamique des services ?
Très clairement, il faut favoriser l'éclosion de nouveaux gisements d'activités de services. Citons notamment la délégation de service public au secteur privé et les services à la personne.
Pour la délégation de services, les entreprises françaises ont un savoir-faire qui les situe dans le peloton de tête mondial. Avec un panel de réalisations qui en dit déjà long. Citons la distribution d'eaux et leur assainissement, la distribution d'énergie, la collecte et le tri des déchets, les transports en commun, les cantines et la restauration collective, le chauffage urbain, les autoroutes et parkings, et dans une moindre mesure les services culturels et sportifs...
Pour impressionnante que soit cette liste, elle n'est qu'une fraction de ce que l'état et les collectivités régionales et locales pourraient déléguer. Le nombre de missions est immense de ce que des entreprises privées pourraient remplir aussi bien, voire mieux, et à moindre coût, créant de la croissance et de l'emploi tout en réduisant les charges qui pèsent sur les contribuables.
Le dernier sondage de l'Institut de la gestion déléguée montre d'ailleurs que les Français sont favorables pour 79 % à la gestion déléguée dont ils estiment qu'elle sera bénéfique. Et à 61 % ils pensent qu'elle fera baisser les prix.

Reste le vaste champ des services à la personne.
Dès 1995, nous avons été à l'origine du mouvement qui a structuré le service à la personne par des entreprises. Depuis, nous en avons toujours été d'ardents promoteurs.
Dans ce domaine également les possibilités sont de taille. Une étude réalisée à l'époque par l'institut Démoscopie prévoyait la création de 350 000 emplois. Les besoins s'accroissant, Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, parle de 500 000 emplois. C'est un chiffre crédible.

Propos recueillis par Jean-Louis Guillemard.

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